Histoires & Aventures
de RestaurationsCh. 1 - Sacrilège ou Génie Mécanique

d’après Patrick Genoud, secrétaire du Club

          

           « Il arrive fréquemment que, dans le monde de l’Automobile ancienne, on tombe sur un « morceau de ferraille » qui était, à l’origine, le fringuant véhicule que l’on convoite.

           Seulement voilà, la belle a subi les affres du temps et les élucubrations d’apprentis constructeurs. Alors cela relève-t’il du sacrilège ou du Génie Mécanique »

                      « Prenons le cas de ce « morceau de ferraille » . A bien y regarder il s’agit, à la base, d’une voiture de tourisme de marque MATHIS, et de modèle MY. Après des années de bons et loyaux services (sans aucun doute), une deuxième carrière s’offre à elle après avoir été transformée en tracteur à épandre du fumier... »

                      «Les transformations sont nombreuses: tout d’abord, la carrosserie a été supprimée (ou s’est-elle autodétruite ?).

Le chassis a été coupé à l’arrière à l’aplomb du pont et doté de plusieurs traverses métalliques de profils divers et variés. Les lames de ressorts ont disparues. Le pont arrière aussi, remplacé par un autre pont, de marque et de type inconnu, et vissé à même le châssis, mais plus en avant (réduction de l’empattement) ».

                      « L’essieu avant d’origine, comportant des tambours à trois mâchoires est toujours présent, mais  a subi une transformation pour devenir pendulaire. Cela est devenu possible en récupérant les paliers de jumelles des lames de ressort avant. Quant à l’axe d’articulation , je soupçonne que ce soit l’ancien arbre transversal de commande de freins avant ( ! ? ), ceux-ci n’étant du coup plus actionnables !!! »

           « Moteur, boîte à vitesses, réservoir, cloison pare-feu sont conforment au modèle. Le moteur est le 7 cv MY 1187cm3 (60x105 mm) à deux paliers. Il est du modèle intermédiaire avec allumage par Delco (situé à l’arrière gauche), mais possède encore le support et le pignon d’entraînement de la magnéto (à l’arrière droit).

           Le refroidissement se fait par thermosiphon. Le radiateur a le bouchon de vidange à l’arrière alors que la calandre a l’orifice pour bouchon de vidange à l’avant...

           L’embrayage à bain d’huile et la boîte (type GM) est à 4 vitesses. »

           « Le poste de conduite est simplifié à l’extrême. A noter tout de même que la colonne de direction a changé d’inclinaison et que volant à 3 branches n’est pas d’origine (4 branches) ».

           « Le disque d’épandage est actionné par un pont d’origine inconnu. Le mouvement est recueilli par un arbre de roue (le différentiel doit être soudé...) et restitué par le pignon d’attaque. Un pignon à taille droite coulissant sur l’arbre de roue devait permettre le crabotage avec un autre pignon solidaire de l’arbre de transmission du véhicule (absent). Un drôle de fer plat, muni de trous de fixation, se situant entre la boîte et le pont, ainsi que l’absence de l’arbre de transmission,  laissent supputer qu’il devait y avoir une deuxième boîte de vitesse pour le nouvel usage agricole. Ceci n’est qu’une supposition mais grandement plausible.

Dernier détail, pour l’anecdote, sur les quatre jantes, il n’y en a pas deux pareils !!! »

 

Alors, pour conclure, Sacrilège ou Génie Mécanique ?

           « Sacrilège, certainement si l’on pense à l’état d’origine et l’état actuel,  dû aux nombreuses transformations (sans compter la vétusté), ayant pour conséquence la disparition de nombreux organes et accessoires d’origine.

           Par contre, si l’on considère que cette deuxième carrière a permis de faire perdurer jusqu’à aujourd’hui les quelques éléments d’origine récupérables en les préservant d’un inévitable ferraillage, alors oui Vive le Génie Mécanique ! »

 

Tracteur

à épandre le fumier sur fond

d’Aiguille Verte

et des Drus

Textes et photos de Patrick Genoud

 

Patrick, fervent admirateur d’Emile Mathis et de sa production, présente ici un autre modèle, en meilleur état...